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10/02/2013

1979 : Quand le petit Michael rencontre Quincy

Depuis le 10 août 1979, il est de notoriété commune que s'afficher dans son plus beau smoking de soirées de promesses de dons pour les prochaines primaires démocrates, ce devant un mur en brique rouge dénudé directement emprunté aux banlieues londoniennes, est une des plus belles preuves de bon goût qui soit. Louanges à l'instigateur d'un tel art de vivre, j'ai nommé M. Michael Jackson. Jugez vous-même :


Alors, convaincus ? Permettez-moi en revanche de vous faire grâce de l'image des bas blancs scintillants du gaillard, qui voudrait nous faire croire qu'enfiler nos paires de chaussettes Décathlon blanches flambant neuves fera de nous les stars de la soirée de promesses de dons que nous évoquions tout à l'heure...

Trève de bavardages à propos des choix vestimentaires, parfois avant-gardistes, de l'ami Michael. S'il a choisi de s'afficher en smoking devant un mur de briques, c'est avant tout pour orner la pochette d'un album qui fait parler de lui depuis maintenant 33 ans : Off the Wall.

Off the Wall, 12 chansons, - subtil mélange de soul, de disco, de R&B et de pop music - est le tout premier album d'un Michael Jackson fraîchement majeur et émancipé de l'influence pesante de son entourage familial. Âgé de 21 petites années, avec 15 ans de carrière bien tassée derrière lui déjà, le chanteur devait bien se garder d'un premier faux pas dans la cour des grands. C'est à ce moment là que le choix porté sur Quincy Jones comme producteur de l'album et mentor de l'apprenti Michael se révèle simplement prodigieux.

Issu d'un milieu davantage jazz, en arrangeant certaines pépites de Frank Sinatra ou Duke Ellington, le producteur met toute sa précision au service des compositions et reprises apportées par Michael Jackson. La créativité de l'un et le professionnalisme de l'autre constituent les deux ingrédients essentiels pour faire d'Off the Wall une véritable sucrerie de soul ornée d'un nappage délicieusement rétro pour cette fin de décennie 1970, à l'image du clip de la chanson ouvrant l'album, Don't Stop 'til You Get Enough.


Au-delà d'un style général en dehors des sentiers maintes fois battus par les régiments d'artistes de la Motown, Off the Wall est un bijou de virtuosité instrumentale. Et les musiciens appelés à la rescousse par Quincy Jones, à savoir entre autres Paul McCartney et Louis Johnson, un des meilleurs bassistes funk de tous les temps, ne sont pas étrangers à ce phénomène. La preuve en musique avec l'ovni bassistique Get on The Floor, qui n'a pas fini de traumatiser les nouvelles générations de joueurs de 4 cordes.


Off the Wall signe le début d'une nouvelle ère, celle de la collaboration prolifique entre Jackson et Jones, couple duquel naîtront deux autres magnifiques bébés, Thriller et Bad, petits frères d'Off the Wall, aîné ô combien réussi. Entre ces trois opus, le nez, le menton et la peau de Michael Jackson changent un tantinet, mais la recette reste la même : brouiller les pistes, varier les genres et les influences, pour finalement bâtir un style unique, la légende MJ, diablement populaire, outrageusement off the wall.

N.B.

22/12/2011

Les albums de 2011 : Colour Of The Trap




Ovationné très justement par la critique, on pourrait incriminer la chance du débutant pour expliquer la réussite avec laquelle Miles Kane orchestre, du début à la fin, son premier album. Pourtant le jeune Anglais n’est pas à son coup d’essai. Ex-The Rascals, groupe indie dont le seul album fut suffisamment bon pour remarquer une première fois Mr. Kane, le chanteur-guitariste est aussi un grand ami d’Alex Turner qui lui a récemment proposé d’intégrer les Arctic Monkeys. Offre poliment déclinée alors que les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble pour créer l’éphémère – mais excellent groupe – Last Shadow Puppets.
Miles Kane ne fait donc pas partie de ces chanteurs bidons qui sortent un album prometteur, font un petit tour et puis s’en vont : il maîtrise parfaitement la palette du chanteur pop, n’a rien à envier – ou presque – à ses aînés d’Oasis ou de Blur, et assume chacun des titres présents sur un disque au rythme soutenu et varié, alternant entre des petits brûlots rock, une légèreté pop et l’insoutenable obligation de la ballade.

Invité deux fois de suite Au Grand Journal par Denisot qui avait encensé le précieux objet au point de déclarer que c’était « l’un des meilleurs albums rock de la décennie », nous n’en dirons pas autant. On se contentera d’un « des meilleurs albums pop de l’année », ce qui n’est déjà pas si mal. Mais attention, on parle ici d’une pop raffinée (à l’image de son chanteur endimanché), dans la plus pure tradition britpop, bien loin de cette soupe mainstream servie par NRJ & Co que l’on qualifie aussi sous cette trop large étiquette « pop ».

Come Closer, premier titre d'un album efficace

Vous avez donc compris, ce disque est fait « à base de popopopop » mais n’oublie pas son côté rock’n’roll. Dès le premier extrait, Come Closer, le ton est donné par le batteur qui martèle avec conviction un rythme pas bien compliqué mais dont l’efficacité est accentué par des « ah-ah-ah-ah-ah-ah oh-oh-oh-oh-oh-oh » qui laissent résonner la mélodie dans vos têtes, et pour un bon bout de temps. Viennent ensuite Rearrange et My Fantasy, et autant de preuves du romantisme du talentueux britannique qui arrive à ne pas donner dans la soupe à la guimauve. On remarquera aussi le nerveux Inhaler, titre le plus rock de l’album qui rappelle ce que faisait Miles Kane sous l’ère The Rascals, ou encore l’épique Kingcrawler et sa cadence appuyée à grands renforts de percussions rappelant de grandes fêtes aborigènes. Ce qui est certain, c’est que Miles Kane a su éviter le piège (quelle que soit sa couleur….) de l’égocentrisme qui accompagne bien souvent la sortie d’un album solo pour nous en livrer un son image : humble mais classe.





19/12/2011

1987 : les Guns N' Roses fusillent toute concurrence

     Qui ici peut prétendre ne pas connaître ce groupe ? Qui ici peut se targuer de n'avoir jamais entendu une seule mesure de leurs chansons légendaires ? C'est tout simplement impossible, tant les Guns N' Roses sont une institution pour nombre de mélomanes dans ce bas-monde. L'histoire du groupe est déjà connue : nés de la fusion des L.A. Guns et du Hollywood Rose en Californie, les Guns N' Roses prennent forme en 1985, et adoptent quelques mois après le line-up qui connaîtra le succès en 1987. W. Axl Rose, voix stridente et tignasse rouquine, tient le micro, secondé par les guitares incisives des deux génies Slash, roi du pétrole sur sa Gibson Les Paul, et Izzy Stradlin', héros de la rythmique efficace. Pour compléter le tableau, il ne manque plus que le bassiste Duff McKagan qui, pour la petite anecdote, avait auparavant sévi dans plus d'une trentaine de groupes avant de rejoindre les GN'R ( ! ), et le batteur Steven Adler, lourde frappe (au son de batterie, plus précisément de caisse claire, contestable, c'est mon seul reproche vis-à-vis du GN'R de 1987). 


     Sans transition, voici sous vos yeux ébahis une image aussi connue que les Guns eux-même, il s'agit de la pochette du premier album très réussi Appetite For Destruction. 40 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, un des albums rock les plus vendus au monde, certifié 18 fois disque de Platine aux USA, je ne crois pas être le seul à considérer Appetite For Destruction comme un fabuleux polyptyque en douze parties, un chef d'oeuvre en douze actes. Pour être clair, c'est un des albums les plus grandioses des 1980's. Si finement composé et produit, c'est un de ces albums qu'il faut racheter au bout de quelques années car le disque finit par être rayé à force d'être écouté ! Mais arrêtons là les flatteries en tout genre, et tentons d'expliquer le génie des Guns N' Roses.

   Les cinq californiens commencent, dès la première chanson, très fort. On oublie l'échauffement, les Guns ont 53 minutes pour nous convertir et comptent bien capitaliser ce temps comme il faut. C'est donc avec Welcome to the Jungle, hommage à Los Angeles, qu'ils nous cueillent à froid, de manière quasi-scientifique. L'intro de guitare fait monter inlassablement la pression jusqu'à l'explosion au couplet, faisant place à un riff monstrueux enrichi des cris lascifs d'Axl Rose. L'enchaînement de la chanson est parfait, chaque couplet, chaque refrain, chaque pont trouve sa place pour enrichir le morceau. La jungle est bien présente, elle est à son apogée sur les phases de soli de Slash. Notons que les paroles sont inspirées de déclarations qu'aurait faites un jour un SDF new-yorkais à Axl Rose : "You know where you are ? You're in the jungle baby ! You're gonna die !" , et font aussi souvent référence aux usages de drogues du groupe.

Welcome to the Jungle

     S'ensuivent des morceaux tout aussi bons : It's So Easy, Nightrain, Out ta Get Me et Mr.Brownstone. Quatre chansons qui haussent un peu plus le niveau d'excellence de l'album. Mais c'est réellement quand sonne le premier accord de Paradise City que l'on comprend que Appetite For Destruction est voué à la légende. Un début de chanson très doux, très acoustique qui fait place, au son d'un sifflet, à des guitares infernales, un refrain à la mélodie enivrante, des soli encore une fois prodigieux, des paroles - disons - touchantes... Il y a tout pour plaire. Précisons que c'est la seule chanson de l'album employant des synthétiseurs.

Paradise City

     Les chansons qui suivent, My Michelle et Think About You restent bonnes, mais il faut attendre Sweet Child O' Mine pour se retrouver de nouveau face à un chef d'oeuvre. Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir composé une merveille en partant d'une simple plaisanterie ! L'introduction de Slash, totalement hypnotique, se voulait être en réalité un riff-blague qu'Izzy Stradlin' décida d'accompagner et sur lequel Axl Rose chanta, se servant pour paroles d'un vieux poème écrit pour sa petite amie de l'époque. Cela ne s'invente pas ! Quoi qu'il en soit, le morceau final est pharamineux.

Sweet Child O' Mine

     Après cette incroyable chanson, n'allons pas croire que Appetite For Destruction se termine. Non, You're Crazy, Anything Goes et l'érotique Rocket Queen (à l'introduction de basse culte) s'occupent très bien de nous emmener tranquillement à la fin d'un album qui, de bout en bout, ne faiblit jamais.

     En somme, Appetite For Destruction est un monument du hard rock, qui lors de sa sortie, en 1987, a érigé à juste titre les Guns N' Roses au rang de pontes de ce genre musical. 24 ans après, l'album n'a pas pris une ride et continue à séduire (contrairement peut-être au style vestimentaire très "pantalon en cuir et cheveux permanentés"). 1987 signait le début de l'âge d'or des GN'R, âge d'or depuis longtemps révolu depuis le départ des membres fondateurs Slash et Duff McKagan. L'album récemment sorti Chinese Democracy, réalisé par un groupe qui n'a de commun avec les GN'R de 1987 que le nom et la présence quasi-totalitaire d'un Axl Rose contestable, ne peut que nous faire regretter l'époque bénie de la fin des 1980's.
     

18/12/2011

2006 : The Fratellis fraternisent avec le succès

     Qui aurait cru que les membres de The Fratellis, groupe évoquant à première vue une chaleur et un exotisme particulièrement latins, n'étaient autres que de bons vieux écossais de Glasgow ? En réalité, le nom The Fratellis est une petite référence à la famille de méchants malfrats sévissant dans le film The Goonies : peut-être un film de chevet pour les musiciens ? Côté effectifs, le groupe mise sur la simplicité et l'efficacité, en la présence de ses trois membres : Jon Fratelli à la guitare et au chant, Barry Fratelli à la basse et Mince Fratelli à la batterie. Un power trio élémentaire comme l'histoire du rock les aime ! Fondé en 2005, dissout en 2009, on ne peut pas dire que le groupe a battu des records de longévité, mais qu'importe, nous sommes là pour discuter musique ! 
     En effet, plus que des raisons qui ont poussé The Fratellis à se nommer ainsi, j'aimerais vous parler de leur musique, en particulier de leur premier album, Costello Music qui, sans en avoir l'air, représente tout de même 50% de la discographie du trio... 


     Rien qu'à la vue de la pochette de l'album, on comprend facilement les prétentions des Fratellis : faire du bon rock, tout en s'adonnant aux plaisirs de la chair et de la boisson, très finement symbolisés ici. L'idée est plaisante et reste fidèle aux principes édictés par nombre de groupes rock légendaires du passé. Les écossais semblent être à contre-courant des groupes actuels, souvent trop "people". 

     Les chansons présentes sur Costello Music tiennent les promesses engagées par sa pochette. Dès la première écoute, en présence d'Henrietta, nos tympans n'ont qu'à se laisser caresser par un riff de guitare finement distordue, appuyé par une section rythmique vivante et vivifiante, le tout complété par quelques cuivres. La voix aiguë (qui n'est pas sans rappeler parfois celle de Jack White) de Jon Fratelli finit de nous convaincre : nous avons affaire à un très bon début d'album.  Cette impression est confirmée à l'écoute de la suite du disque : The Fratellis se montrent doués dans la composition de titres très rock, très dynamiques, tels qu'Henrietta, Flathead (chanson phare de l'album) ou Chelsea Dagger, pour ne citer que ces chansons là. Voici pour vous la démonstration du talent incontestable des écossais :

Chelsea Dagger

     Il faut également avouer que les trois écossais sont bien entourés lorsqu'il s'agit de réaliser un clip... Mais n'allons pas croire que The Fratellis ne sont que de légers obsédés un brin voyeurs (après tout, qui ne l'est pas ?) !! Non, ces messieurs savent se montrer romantiques, et écrire des balades touchantes telles que Whistle for the Choir ou encore... Ah non, en fin de compte, sur 13 chansons, il n'y a qu'une seule balade. Le reste est définitivement rock n' roll, ce qui n'est pas sans nous déplaire puisque le trio affiche un savoir-faire dans ce genre de composition ! 
     Sur l'ensemble de Costello Music, The Fratellis procèdent, semble-t-il, de la même manière pour composer : un tempo élevé et enlevé, avec une batterie qui joue essentiellement sur les temps en alternant grosse caisse et caisse claire et coups de cymbale crash. Ajoutons à cela une basse dynamique, jouée au mediator, qui fait souvent office de deuxième guitare pour remplir l'espace sonore et Jon Fratelli n'a plus qu'à déposer ses riffs accrocheurs, souvent accentué par des cuivres discrets, et sa voix aguicheuse. La recette du succès n'a jamais été aussi simple !

     Si à l'écoute de l'album entier, certains pourront reprocher au Fratellis de se répéter par moment, on ne peut nier le fait que les trois écossais nous ont offert un disque qui, en gardant comme mots d'ordre l'énergie et le dynamisme, nous ramène aux meilleures bases du rock'n'roll. En ces temps pour le moins difficiles pour ce genre musical, mes amis, Costello Music des Fratellis est une bouffée d'air pur.


Flathead


17/12/2011

Les albums de 2011 : Skying

Il y a des groupes qui ne changeront jamais de style, qui ne savent (ou ne peuvent) faire évoluer leur musique. Et puis il y a les autres, qui se construisent une personnalité au fil de leurs compositions. The Horrors fait partie de cette deuxième catégorie. Si leur premier album était marqué par le look gothique des cinq  adolescents, les Anglais ont depuis su évoluer, abandonner une image (tant physique que musicale) agaçante et surtout laisser tomber ce côté rebelle superficiel qui leur allait si peu, malgré les déclarations d’Alex Turner qui, lors de la sortie du deuxième opus des Arctic Monkeys, assurait qu’il aimerait « qu’un jour, les Arctic Monkeys deviennent aussi violents que The Horrors ». Heureusement pour nos tympans, aucun de ces deux groupes n’a osé rééditer ce qui avait été produit sur ce disque.




Un des premiers singles de The Horrors, 
preuve que le groupe a bien changé 




Après un deuxième LP plus calme mais déjà plus intéressant, on sentait que les cinq musiciens cherchaient encore. Aujourd’hui, ils ont trouvé comment faire la musique qui leur ressemble réellement, et cela s’entend très bien sur Skying, plus mature, à l’image de ce que le chanteur Faris Badwan a pu faire cette année avec son projet parallèle Cat’s Eyes. L’album est clairement orienté shoegazing, et Faris Badwan se contente de poser sa voix écorchée, parfois plaintive, sur ce tunnel de son créé par une basse lourde et une ligne de batterie ramenée au premier plan, reléguant ainsi guitares et claviers au second rang. Pourtant, ce sont bien ces derniers qui créent les subtilités mélodiques du disque, cachées derrière la section rythmique du groupe. Car Skying est étonnamment envoutant pour un album bruitiste même s’il ne renonce pas à quelques influences extérieures du genre, à l’image de Moving Further Away aux accents kraftwerkiens ou d'autres titres plus psychés. Soyons clairs : on aime ou on n’aime pas. Ou plutôt : on adore ou on déteste. Je vous laisse seuls maîtres d’un album sombre qui envoûtera ceux qui sauront s’y plonger (Dive In); les autres trouveront simplement que le groupe porte bien son nom… Je vous laisse en présence de Still Life, morceau crépusculaire au refrain grisant qui invite à l’insomnie :

10/12/2011

Les albums de 2011 : El Camino



Depuis 2002 et la sortie de leur premier album, les Black Keys ont été très prolifiques - El Camino est le septième album du duo américain – mais la quantité n’a jamais pris le pas sur la qualité. Et cette règle est, encore une fois, respectée sur El Camino : 11 chansons de très bonne facture pour 38 (trop petites) minutes de bonheur. 38 minutes entraînantes, presque dansantes parfois (Lonely Boy), mais à aucun moment les deux hommes du Midwest  ne renient leurs racines bluesy.

Pourtant, les plus fervents fans des Black Keys avaient de quoi être sceptiques avant la parution de l’album. Beaucoup avaient peur d’un rapprochement vers la facilité pop, après le succès un brin inattendu de leur précédent album Brothers. L’association avec le producteur Danger Mouse avait aussi de quoi surprendre, puisque la moitié de Gnarls Barkley n’est pas un habitué du genre. Mais les craintes se dissipent vite à l’écoute de l’album : Danger Mouse a laissé les deux boys d'Akron s’exprimer et a rendu, comme à son habitude, une très belle copie à la production, sobre, avec une prise de son impeccable.

Ce qui est intéressant, c’est la façon dont le groupe a enregistré ce disque : ils sont arrivés en studio sans textes et sans mélodies. Tous les morceaux d’El Camino ont le point commun d’être issus de jam sessions faites au studio. Alors qu’on aurait pu avoir le droit à 4 chansons de rock progressif de 12 minutes, les deux musiciens ont conservé un format « pop », sans altérer la richesse de l’album. Car, et c’est cela le plus l’important, la musique du duo américain s’exprime pleinement sur ce disque. Le rythme est soutenu, les guitares sont crunch, les claviers bien vintage et l’autodidacte Patrick Karney s’éclate derrière ses fûts autant que Dan Auerbach nous hypnotise de sa voix si particulière.

L’album commence fort avec Lonely Boy, premier single de l’album à la guitare nerveuse, au clavier entrainant et au refrein accrocheur. Un hit qui pourrait bien devenir le titre phare qui manquait à un groupe souvent comparé à des «White Stripes sans Seven Nation Army ». Le reste de l’album est plus homogène, mais la barre est toujours placée aussi haut. Seule véritable «pause » de l’album parmi tous ces blues modernes et agités, Little Black Submarines étonne et détonne : après deux minutes bercées par la guitare séche et le chant de Dan Auerbach, le groupe remet le courant pour une reprise électrique de la mélodie. Grandiose. Et le reste de l’enregistrement est presque de la même facture…




Les Black Keys sortent donc un très bon disque qui sonne vintage tout en restant résolument moderne. Sans rien inventer, les Black Keys ne réécrivent pas ce qui a été fait dans le passé : car le talent de ce groupe réside bel et bien dans leur personnalité : peu d’artistes peuvent, à l’heure actuelle, se targuer d’avoir un style  aussi affirmé et aussi facilement reconnaissable que celui des Black Keys. Après le succès critique, il ne manque plus que le succès commercial. A bon entendeur.

28/11/2011

1977 : Bowie ne fait pas profil bas


Low est surement un des albums les plus méconnus de Bowie ; pourtant c'est aussi un des plus riches, un des plus originaux et aussi un des plus complexes à aborder, avec aucun single véritablement évident (mis à part Sound and Vision), d'où son manque de popularité. Pourtant Low reste un des plus grands albums de Bowie et tout simplement un des meilleurs albums des années 70's.


De retour en Europe après deux albums enregistrés au pays de l'oncle Sam, le Thin White Duke - personnage monté de toutes pièces par Bowie pour son précédent album Station to Station - dédaigne rejoindre son Angleterre natale. Sa direction est toute choisie : Berlin, ville divisée mais qui inspira Bowie pour Low et les deux albums suivants (Heroes et Lodger), albums qui forment ce tryptique classique de Bowie, communément appelé la "trilogie berlinoise", même si la majeure partie de Low est enregistrée...en France.

Pourtant, l'album fait clairement référence à la cité germanique et tel Berlin, Low est clairement divisé en deux parties, matérialisées sur le vinyle par le contraste entre la face A et la face B. En face A, des chansons assez courtes qui se rapprochent du travail fait par Bowie sur Station to Station avec une basse très groovy  et des guitares incisives (Breaking Glass et Sound And Vision en tête de proue) pour se rapprocher d'un funk blanc qui tire vers l'électronique. Mais surtout, Bowie chante sur la majorité des pistes, ce qui n'est pas le cas sur une face B totalement instrumentale affichant des morceaux plus longs. En effet, Bowie n'a pas hésité à supprimer des couplets entiers (Speed Of Life, Sound And Vision) pour aller à l'essentiel et pour faire ressortir uniquement des impressions des thèmes abordés. 
La lente et oppressante Warszawa (chanson qui a profondément marqué Joy Division, au point d'être adoptée comme le premier nom du groupe) décrit ainsi la misère qui règne dans le Varsovie opprimé de l'ère soviétique, Weeping Wall décrit, avec son carillon régulier et continu, la tragédie qu'a créé la construction du mur de Berlin, la séparation des familles et la décomposition de l'identité de la ville. Bowie finit par Subterraneans, un morceau quasi-religieux accompagné par le jeu de saxophone très blues de Mister Bowie himself.

L'inspiration est donc berlinoise, mais Bowie puise aussi son inspiration dans l'Allemagne industrielle des années 70, et on reconnaît facilement l'influence de groupes krautrock comme Kraftwerk ou Neu! dans l'utilisation des synthétiseurs et dans ces mélodies froides, parfois accompagnées de rythmes répétitifs - presque racoleurs - le tout nous accompagnant tout au long de cet album. 

Froid au premier abord, cet album ne cesse de dévoiler de nouvelles subtilités à chaque nouvelle écoute et on en finit même par s'approprier les mélodies, malgré leur singularité. Si la maison de disques de Bowie, RCA, a beaucoup râlé devant le côté "anti-commercial" de l'album, on ne peut aujourd'hui que s'incliner devant le coup de génie de Bowie, qui signe 38 minutes de musique intemporelle.

En bonus, le clip de Be My Wife, une des rares vidéos de la décennie 70 où Bowie apparaît sans maquillage, sans jouer de personnage : 





RATM, machine à Bombtracks

     Quatre garçons talentueux tout droit venus de L.A. Non, nous ne parlons pas des Doors, dieux du chamanisme psychédélique, ni même des bons vieux Red Hot Chili Peppers, funky jusqu'à la moelle (même si cette affirmation tend ces temps-ci à s'infirmer... mais n'en disons pas plus et gardons ce sujet pour une autre fois !), non, c'est bien de Rage Against The Machine qu'il est question ici ! 



     Vous avez sous les yeux l'image ornant la pochette du premier album de RATM, sorti en 1992. On ne compte plus le nombre de classements qui ont placé avec raison cette maquette dans les premiers rangs des plus grands albums rock de tous les temps. Visuellement parlant, cet album est une réussite. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'on comprend tout de suite le message que Rage veut nous faire passer. Le fait de montrer un moine bouddhiste (du nom de Thích Quảng Đức, pour votre culture générale) s'immolant par le feu, en signe de protestation contre l'oppression des bouddhistes qui faisait rage au Vietnam en 1963, annonce déjà la couleur : RATM n'est pas là pour faire du tricot. Et encore moins lorsqu'il s'agit de prendre position contre le capitalisme ou la mondialisation.

     Cette vigueur annoncée par la pochette se confirme à l'écoute de la musique des Californiens. Faisons simple, l'album Rage Against The Machine est constitué de 10 chansons toutes plus originales, plus massives, plus prodigieuses les unes que les autres. Vous en doutez ? La preuve en musique :


     Know Your Enemy

     On ne peut qu'applaudir ici devant le niveau technique des 4 membres du groupe, qui rivalisent d'ingéniosité pour faire de la musique de RATM un style sans précédent, fusion de Metal, de rap, aux influences funk et punk palpables. Le groupe pioche ses influences aussi bien du côté des géants rock tels que Black Sabbath, Led Zeppelin, que des très groovy Funkadelic, ou Earth, Wind & Fire. Ajoutons à cela un soupçon de fougue directement héritée de Public Enemy, et le mélange détonne. En effet, quand le batteur Brad Wilk s'occupe de taper un rythme de batterie solide mais technique, permettant au bassiste Tim Commerford de poser ses lignes de basse au groove impeccable, Tom Morello, guitariste à la casquette vissée sur la tête en permanence, n'a plus qu'à nous faire décoller, avec ses soli aux gammes et effets surnaturels (je vous invite à réécouter Know Your Enemy à partir de 3:15, pour avoir la preuve en écoute). Il ne reste plus qu'au chanteur Zack de La Rocha à exhiber ses talents de rappeur et d'auteur engagé. Sur Know Your Ennemy, il dénonce avec virulence la Guerre du Golfe, ainsi que le rêve américain, fondé sur 8 principes, selon lui : "compromis, conformité, assimilation, soumission, ignorance, hypocrisie, brutalité et élite". Je vous avais prévenu, on ne mâche pas ses mots chez RATM !

    Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette chanson, comme sur chaque chanson de l'album, en fin de compte. En résumé Rage Against The Machine est un véritable roman, recueil de 10 pépites inusables. On ne peut que féliciter les quatre gaillards pour s'être montrés aussi honnêtes sur la qualité de la marchandise. Mais, à l'écoute des albums suivants, sensiblement moins géniaux, on peut se demander si RATM n'aurait pas eu plus de succès commercial par la suite en conservant quelques grosses chansons sous le coude pour les enregistrements suivants plus difficiles... Comme si le succès commercial leur importait, ha ha !