31/01/2013

Ils ont popularisé le rap (5/5)



1986 : il ne manque plus qu'un classique universel pour permettre au rap d'étrenner ses nouveaux galons de style musical à part entière. Quelques artistes font bien parler d'eux, sans faits divers et uniquement grâce à leur musique, mais l'engouement dépasse peu voire pas du tout la communauté afro-américaine de la côte Est, ou East Coast comme on dit là-bas. Parmi ces groupes, Run-DMC.

En reprenant Walk This Way, le fameux tube d'Aerosmith, le trio ne va pas seulement empêcher le groupe de Steven Tyler de tomber dans la désuétude la plus compète, mais va aussi lancer quelques unes des grandes tendances du hip hop d'aujourd'hui. 


Premier featuring trans-genre à être largement diffusé, la reprise des new-yorkais va lancer la mode des collaborations dans le hip hop, avant que celles-ci ne soient usées et abusées par des artistes en manque de diffusions radio.

Premier contrat de sponsoring décroché par des non-sportifs avec une marque une entreprise sportive. Avec le million offert par Adidas, les Run-DMC ne se contenteront pas de porter la célèbre veste à trois bandes ou de créer un modèle à leur nom ; ils lanceront la tendance qui représente maintenant le rêve ultime pour tout rappeur (demandez à Booba) : lancer sa propre ligne de fringues.

Premier clip de rap à intégrer le coeur de la playlist de MTV, le rap va - enfin - débarquer dans les chaumières de la classe moyenne blanche américaine, par le biais de teenage wiggas affalés devant la bonne parole de Music TV, grande prêtresse des foyers de l'époque. 

Le rap s'ouvre au monde, le monde s'ouvre au rap.


S.

29/01/2013

Ils ont popularisé le rap (4/5)



C'est donc annoncé un an auparavant par la voix suave de Blondie que débarque Grandmaster Flash en 1982. Sa réputation n'est plus à prouver dans les pires quartiers de New York, mais l'artiste reste un inconnu notoire à l'échelle nationale. Surnommé Flash pour sa vitesse lorsqu'il scratche et Grandmaster pour sa capacité à ambiancer sans faillir les block parties tout en faisant le DJ, il ne manque plus qu'un tube pour que le "rapide grand maître" connaisse le succès qu'il mérite. Et c'est en s'associant avec 5 MCs, surnommés pour l'occasion les Furious Five, que le natif des Barbades va connaître un furieux succès.

"Don't push me 'cause I'm close to the edge"

Le titre du couronnement est le bien-nommé The Message car, pour la première fois, c'est un rap social et politique qui connaît le succès. Décrivant sans fard la vie dans les ruines du Bronx, le texte devient un des plus grands classiques du milieu avec des punchlines fortes sur  presque toutes les lignes et inspirera les prétendants suivants au succès sur toute la ligne. L'instru, avec ses perches tendues au funk et au disco, fera du titre un des morceaux les plus samplés du hip hop, pour le meilleur et surtout pour le pire. Car peu de rappeurs peuvent se targuer d'avoir créé un titre aussi fluide, malgré le constat sombre délivré par le flow sans faille du Grandmaster. Un constat qui devient même presque ironique, tant sa portée lugubre semble éloignée du beat funky. 

S.


27/01/2013

Ils ont popularisé le rap (3/5)



Qui, dans les ruelles du Bronx, aurait pu prédire que le premier morceau de rap à atteindre la première place du Billboard américain serait une chanson de... Blondie ? Avec Rapture, l'ancien groupe punk mené par Debbie Harry ne fait pas seulement que confirmer sa capacité d'absorber un genre musical pour l'intégrer à son répertoire, mais montre aussi son talent pour détecter les nouvelles tendances. Le dernier couplet du titre, rappé par la chanteuse blonde, fait donc rentrer le titre dans l'histoire, comme étant le premier numéro 1 issu du hip hop.

Si les carillons et la voix lascive de Mlle Harry pouvaient annoncer le tube pop, seuls les cuivres et la démentielle ligne de basse laissaient suspecter un éventuel couplet rappé. Et pourtant, tout était prédit dans le titre du hit, résumant à lui seul l'exaltation provoquée pendant 5 minutes.


Le titre de Blondie représente, de loin, le plus grand paradoxe de l'histoire du rap, et pas seulement parce que Blondie était un groupe de rock. Alors que le milieu hip hop (et c'est encore plus vrai en 1980) est essentiellement masculin (voire machiste) et afro-américain, force est de constater que la pale Debbie ne correspond pas au profil type du rappeur... Mais la chanteuse et son groupe vont néanmoins apporter la passerelle manquante entre les MCs et leur audience potentielle, à savoir une diffusion massive en radio. Et, en glissant le nom de Grandmaster Flash ("Flash is fast, Flash is cool") dans son couplet un tantinet éloigné des préoccupations majeures des rappeurs, Blondie va tout simplement annoncer, un an avant sa sortie, l'avènement d'un autre mythe du hip hop. A suivre...

S.


24/01/2013

Ils ont popularisé le rap (2/5)



Risée de tous les MCs new-yorkais, parce que refusant les thèmes sociaux du rap, parce qu'entièrement constitué pour les besoins d'une maison de disque flairant le tube et parce que venant du New-Jersey (ce qui est quand même une belle honte), The Sugarhill Gang est pourtant le premier groupe à placer un titre de rap dans le top 40 US et, surtout, à conquérir un public international. Le titre : Rapper's Delight, bien que critiqué par ceux qui se considèrent comme étant les "véritables" rappeurs, à savoir les MCs du Bronx.


En pleine vague disco, le gang de Sugarhill décide de reprendre (ou de fortement s'inspirer) de la ligne de basse du tube de Chic, Good Times. Le résultat est flamboyant, la voix des trois rappeurs s'enchaînant à la perfection sur les 14 minutes d'un titre interminablement groovy. Bien loin des sujets lourds des premiers raps de l'époque, essentiellement regroupés dans les plus grandes poches de pauvreté du Bronx, le titre n'a qu'un seul but : faire bouger sec sur le dancefloor. Et, indirectement, aider le rap à conquérir un public plus large.

S.

20/01/2013

Ils ont popularisé le rap (1/5)



Booba, Sinik, Sexion D'Assaut... les charts nationaux sont envahis par des morceaux de rap plus ou moins douteux... mais avant de devenir un des genres les plus populaires aujourd'hui, mais aussi un des plus décriés, notamment à cause de certains guignols sans cervelle qui trônent dans le milieu, le rap a parcouru un long chemin pour venir s'imposer dans nos foyers, acquérir une certaine respectabilité afin de ne plus faire fuir la ménagère de moins de 50 ans choquée devant les rimes évoquant le gangsta way-of-life. Retour donc sur 5 des chansons qui,  sans le vouloir ou non, ont aidé les rappeurs à faire entendre leur flow hors du Bronx.

Je pourrais évidemment commencer par parler de James Brown, chanteur le plus samplé de l'histoire, mais cela serait trop facile, tant le roi de la funk a inspiré les rappeurs des générations suivantes. Revenons plutôt, pour commencer, en 1974 avec la plus célèbre des chansons de Gil Scott-Heron, The Bottle. Evidemment, le rap n'existe pas encore mais, même s'il a toujours nié être un précurseur du mouvement hip-hop, le jazzman et funky Gil a bien déclenché l'étincelle nécessaire pour l'apparition du mouvement.


Avec son "spoken word", le chanteur ouvre la voix aux couplets rappés. Avec ses textes socialement prenants - The Bottle traitant de l'alcoolisme maladif - et sa musique entraînante, souvent passée lors de réunions festives, Gil Scott-Hreon représente déjà tout le paradoxe du rap des années avant la naissance du mouvement. Et reste, pour nos oreilles, un artiste à part entière.

S.


18/01/2013

"Bloodsports" - Drenge



Pas de longue dissertation surannée aujourd'hui, mais simplement un clip - le premier - d'un jeune groupe de Sheffield encore largement méconnu. La fougue des débuts se trouve ici réincarnée dans un riff de guitare travaillé qui rappelle, derrière les fins de phrases lascives du chanteur, les grandes chansons du blues/rock anglais. Et dans un clip à l'ambiance très "Parklife", on ne peut y voir que du bon !

S.


17/01/2013

Sans protéines, délicieux quand même



Après s'être imposés dès leur premier disque - et grâce à des singles imparables (This Charming Man, Hand In Glove, What Difference Does It Make?) - comme le groupe britannique ultime des années 80, The Smiths remet le couvert en 1985 pour un deuxième album - Meat Is Murder - plus vif et plus personnel encore avec, au menu, les idées singulières de Morrissey qui densifient encore un peu plus sa plume acerbe et acérée. 

Fin observateur de la vie quotidienne anglaise, et notamment des classes populaires qui grouillent à Manchester, sa ville natale, Morrissey commence ce deuxième disque par le sublime mais accablant The Headmaster Ritual, à propos de la violence enfantine. Tout l'album reste sur ce ton, un rythme globalement enlevé (avec quelques passages dans le rockabilly !) qui masque à peine des textes emprunts de désespoir, au lyrisme sinistre et à l'engagement intense. 

Si Johnny Marr, discret mais magnifique "guitar héraut", délaisse quelque peu ses arpèges qui avaient fait tout le charme du premier opus du groupe, c'est pour mieux accompagner Morrissey et ses thèmes de prédilection posées sur des mélodies plus percutantes. Ce dernier s'en sort divinement bien et, lorsque ses cordes vocales s'autorisent un aller-retour dans les aigus, c'est tout notre corps qui réagit, les poils se levant les uns après les autres.

Car Morrissey est bien le point central de cet album. Sa personnalité transpire du début à la fin de chaque morceau : de son éternel désespoir amoureux (I Want The One I Can't Have) à sa ville de Manchester (Rusholme Ruffians) en passant par son combat pour l'alimentation végétarienne avec le morceau-titre Meat Is Murder. Dernière piste, le morceau clôture avec audace un album qui n'en manque pas : les larsens de guitares accompagnent les beuglements d'animaux se perdant dans le vide... et pendant 4 minutes, on l'admet, hors de question de manger de la viande, pris dans ces sons qui nous menacent et grincent comme les lames entourant le bétail envoyé à l'abattoir.

"A crack on the head 
Is what you get for not asking
And a crack on the head 
Is what you get for asking"

Barbarism Begins At Home brille quand à lui par la violence de ses deux couplets qui dénoncent les violences que subissent les enfants livrés aux parents alcooliques, de légion dans les alentours d'une industrielle Manchester livrée à elle-même dans les tourments de l'Angleterre de Mrs. Tatcher. Encore une fois le contraste est flagrant entre des textes terribles et une musique inhabituellement funky pour le groupe avec ce riff génial signé Marr.


Génial mais particulier, voilà comment caractériser ce disque engagé et engageant pour tous ceux qui sauront y trouver la poésie qui règne entre des lignes toutes plus violentes les unes que les autres : "What she said : I smoke coz' I'm hoping for an early death". Ravageur.

S.