Peu d'artistes peuvent se targuer d'avoir réussi un album brillant dès leur premier essai. Anna Calvi, elle, pourrait le clamer haut et fort, au vu de son magnifique premier disque, si elle n'était pas aussi timide et discrète dans la vie quotidienne. Mais une fois derrière le micro, la jeune Anglaise se métamorphose et devient presque intimidante avec sa voix puissante qui se combine parfaitement avec les mélodies de ses musiciens.
Justement, la formation de son groupe est assez atypique : la chanteuse, qui s'occupe aussi de la guitare - avec un jeu assez particulier, très théâtral - est seulement accompagnée par un batteur/percussionniste et un harmonium. C'est cet ensemble, original, qui crée cette ambiance à la fois romantique et oppressante, se rapprochant d'une sorte "d'opéra-western sentimental" (si cela existe,mais j'en doute fort).
Du côté des chansons, tout est bon : l'album s'ouvre en douceur avec l'instrumental Rider To The Sea et permet de se familiariser avec le jeu de guitare original de la chanteuse, sorte de flamenco joué au ralenti qui alterne entre des notes longues et des arpèges passés à la moulinette. Après le très doux mais non moins inquiétant No More Words avec ses paroles presque chuchotées, on retrouve le puissant Desire, où l'harmonium s'exprime clairement. La suite est du même acabit, entre des chansons quasi-théâtrales où la chanteuse nous montre toutes ses capacités vocales (Suzanne And I, I'll Be Your Man) et des chansons plus sensibles, mais tout aussi intéressantes (First We Kiss). En bref, c'est un excellent album. Mais quand on reçoit spontanément le soutien de Nick Cave et de Brian Eno, on ne pouvait guère se permettre de douter de la qualité finale de l'oeuvre.
Je joins
ici un petit manuel pratique visant à donner quelques conseils à quiconque
serait désireux de vendre son âme d'artiste au grand capital, ou dans des
termes un peu moins léninistes, de privilégier l'intérêt financier à
l'inspiration. Cet article se veut polémique.
Leçon n°1 :Sortir
un premier album en béton.
Pochette
de l'albumYouth & Young
Manhood(2003)
Douze chansons (dont une savamment cachée, hu hu), douze blocs.
Une voix criarde hors du commun, des guitares qui transpirent le bon vieux rock
sudiste, pas de doute sur le fait que les quatre Followill (trois frères et un
cousin) viennent tout droit de Nashville. Avec cette maquette, le bon rock
retrouve une seconde jeunesse, et les KoL, tout de jean vêtus, affichant
cheveux longs et moustaches dignes du Creedence Clearwater Revival de la grande
époque, ne peuvent que séduire. La preuve en image :
Molly's
Chambers
Leçon n°2
: Sortir un second album plus contrasté, mais sympa quand
même.
Douze chansons, 35 minutes d'écoute : premier hic. J'ai une règle
stupide, quand la moyenne des durées des chansons d'un album est sous la barre
des 3 minutes, eh bien je reste sur ma faim. PourAha Shake Heartbreak,
c'est le cas, mais en me rappelant que le premier album dure 45 minutes, avec 7
minutes de blanc à la fin de la onzième chanson, je me montre plus clément. Je
fais de même en ce qui concerne le style de l'album, beaucoup plus pop que son
grand frère. Les KoL évoluent, et s'il est triste de dire adieu aux bonnes
compositions sudistes, il faut avouer que le second album sonne plutôt bien et
laisse encore plus de place à la grande voix de Caleb Followill.
Pistol of
Fire
En visionnant, il ne vous aura pas échappé le fait que les KoL ont certes
évolué musicalement, mais aussi physiquement. En bien ou en mal, le débat reste
ouvert, pour ma part je regrette que le chanteur ait troqué sa 'stache contre
des oreilles d'elfe...
Enfin, quoi qu'il en soit, c'était le bon
temps.
Leçon n°3 : Sortir un troisième album encore plus contrasté, presque contestable.
Bon, jusque là on avait pardonné aux Kings of Leon leurs petits écarts de conduite, en gardant en tête le comportement exemplaire de leurs débuts. Mais là, c'est à croire que les américains testent notre patience !! La distorsion débridée a laissé place à la reverb entournante, et les arpèges de lycéen romantique, entrecoupés de riffs simplistes overdrivés à outrance, ont remplacé les bons gros accords de puissance. Bref, KoL abandonne le savoureux mélange de rock sudiste et de garage rock pour s'enterrer dans des sonorités beaucoup plus pop rock, voire post-punk. Mais le fait est que les Followill se montrent relativement talentueux dans ce qu'ils composent et l'album Because of the Times finit par ressembler à quelque chose.
Alors que fait-on ? Eh bien, on continue à leur pardonner, parce qu'on est sympa déjà, et qu'on a un bon a priori grâce au deux premiers albums... Et puis il y a quelques morceaux bons, tout de même, comme Black Thumbnail, ou Arizona... Bon, cette fois, ça passe pour Kings of Leon !!
Black Thumbnail, la chanson la plus hard de l'album
J'aurais pu vous mettre un morceau beaucoup plus foireux, du type On Call, mais mon but n'est tout de même pas de couler les Kings of Leon !
Leçon n°4 : Se maintenir dans le style de l'album précédent.
On aurait pu croire que Because of the Times était un faux pas, mais à l'écoute de Only by the Night, tous nos espoirs s'effondrent. Fini, le rock couillu, place à la chanson pop par excellence. Finies, les tignasses informes mais tellement 60's, les moustaches et barbes eaglesques, place aux cheveux soigneusement gominés, à la barbe de trois jours délicatement retouchée. Les KoL semblent désormais passer plus de temps à soigner leur apparence que leur inspiration.
Mais mon avis n'est pas celui de grand public, comme en témoigne le succès commercial incontestable de l'album... Qu'il en soit ainsi, il faut tout de même avouer que certaines harmonies sont plaisantes à entendre, et puis, on ne peut pas reprocher ici au groupe de ne pas évoluer...
Sex on Fire
Leçon n°5 : Se maintenir encore dans le style de l'album précédent.
On ne pouvait pas reprocher aux Kings of Leon de ne pas évoluer. Maintenant si. Je vous épargne une nouvelle écoute de chanson tirée de Come Around Sundown, qui ne ressemblerait encore que pâlement à la précédente... Quoique, il y a une chanson sympatoche qui mérite d'être entendue, tout de même. Musique :
Back Down South
Pour résumer ce long article, disons que c'est un sentiment très humain, d'en vouloir aux Kings of Leon. En effet, les quatre garçons nous ont laissé espérer, en 2003 à la sortie de leur tout premier album, un renouveau du rock sudiste, viril à souhait. Et puis, tout doucement, comme si de rien n'était, ils se sont installés dans un registre bien plus pop, laissant de côté les complaintes du bon vieux gars du sud pour les mièvres ballades sentimentales (souvent vues et revues).
En une phrase, les KoL ont progressivement préféré aux fans de leurs débuts le public beaucoup plus fourni d'amateurs de musique "commerciale" ; il évident que les ventes d'albums ont dû grimper en flèche après ce choix stratégique. Et moi, pauvre fan de la première heure, je n'ai plus qu'à attendre chaque nouvel album avec l'espoir d'un retour aux sources des Followill.
L'original : "Just" de Radiohead, sorti en 1995. Ce titre est un des grands singles indie des années 90's avec un riff de guitare très accrocheur, le tout étant camouflé derrière le style Radiohead et la voix caractéristique de son chanteur Thom Yorke.
La reprise : le très bon producteur Mark Ronson retravaille cette chanson pour lui des donner des accents plus groovy et beaucoup moins rock, avec des cuivres qui font leur apparition. Bien que le morceau soit facilement reconnaissable, notons quand même le fossé stylistique qui la sépare de l'original. A noter : le clip de la cover est un gros, mais alors très gros clin d'oeil à celui de Radiohead, et la reprise n'en est que plus savoureuse !
Comment pourrions-nous omettre de consacrer ne serait-ce que quelques lignes à une chanson qui n'a pas encore fini de faire hocher les têtes de tout amateur de rock 60's qui se respecte ? Ce soir, c'est donc de Free, et de son titre phare All Right Now, que nous allons parler !
A titre d'information, avant de vous procurer un doux plaisir auditif à l'écoute du groupe, sachez que Free est un groupe britannique, qui a vécu une carrière éclair de cinq années. Cinq années durant lesquelles il faut dire que les anglais n'ont pas chômé, niveau composition. Avec quatre albums studio et deux lives de sortis durant ce court laps de temps, Free a fait les choses "vite fait bien fait", conformément à la bonne vieille expression. Mais, si nombre de chansons du groupe méritent d'être écoutées et ré-écoutées, All Right Now se distingue tout de même franchement du reste du lot.
En juin 1970, Free sort son troisième album Fire and Water, qui contient en septième et dernière piste la chanson que vous devinez tous maintenant. Explosion, joie, allégresse, la maquette séduit et confirme la bonne impression que le grand public avait du groupe. All Right Now, chanson rock plus qu'efficace, n'est pas pour rien dans ce succès. Le riff de guitare relativement simple tenu par Paul Kossoff est ravageur, tout comme le chant suave de Paul Rodgers. Mention spéciale au jeune bassiste Andy Fraser qui, du haut de ses 17 ans, nous propose une ligne de basse irrésistible, à son apogée sur le pont du morceau. Du gros son, point barre.
Voici donc rien que pour vous, mes amis, une grande chanson, d'un grand groupe, à écouter sans retenue, et qui ne peut que nous faire regretter la triste année 1973, date du choc pétrolier, certes, mais aussi du split de Free, déchiré intérieurement par les problèmes de drogues de Kossoff (qui mourra trois ans après).
Depuis 1981, Sonic Youth n'a jamais dévié des bases bruitistes et expérimentales qu'ils se sont eux mêmes posées lors de leurs premiers enregistrements. Le succès critique du mythique Daydream Nation (1988) les a même confortés sur cette voie et malgré leur exposition médiatique élevée pour un groupe underground, aucun ego n'a jamais mis à mal l'esprit du groupe.
Notre surprise a donc été d'autant plus grande lorsque Kim Gordon et Thurston Moore, respectivement bassiste et guitariste du groupe, ont divorcé en octobre dernier après 21 ans de mariage. Malgré ces problèmes conjugaux, le groupe avait assuré les derniers concerts qui étaient prévus et nous avaient donc rassurés sur une éventuelle poursuite des activités artistiques du groupe. Mais l'avenir semble de plus en plus incertain pour les New-Yorkais, si on en juge la déclaration faite par le guitariste Lee Ranaldo au magazine Rolling Stone : à une question portant sur "le futur du groupe", il a simplement répondu "je me sens optimiste à propos du futur, peu importe ce qu'il se passe en ce moment". Seulement voilà, le guitariste oublie simplement de parler du groupe...et quand on sait que plusieurs des membres ont des projets solos à côté, on se dit que The Eternal (2009), pourrait rester leur dernier album.
C'est bientôt la fin de l'année, et comme pour toutes les fins d'années, c'est l'heure des bilans. Que va-t-il donc rester de cette année musicale ? N'y allons pas par quatre chemins : c'est quand même plutôt décevant... Je ne veux pas faire le réactionnaire du style "c'était mieux avant" (de toutes façons je suis pas assez vieux pour ça...) mais il faut bien le dire, c'était quand même mieux avant : quels morceaux, quels groupes va-t-on retenir de l'année écoulée ? Le Born This Way de Lady Gaga et sa pochette hideuse ? Le dernier (et immonde) Coldplay ? L'invasion des singles surproduits de Rihanna et des Black Eyed Peas ? En tous cas, si l'histoire doit retenir quelque chose de 2011, espérons au moins qu'elle ne se fie pas trop aux charts...un album (et c'est déjà un bien grand mot) de Justin Bieber ne peut pas devenir un classique...c'est du bon sens enfin ! La réponse est-elle donc hors des disques d'or et autres disques de platine ?
Born This Way, ou l'histoire d'une des pochettes d'album les plus laides de tous les temps
2011 était pourtant une année plutôt alléchante, avec le retour de poids lourds de la scène rock internationale. Et, les uns après les autres, ils ont déçu. Tout d'abord Radiohead avec leur The Kings Of Limbs : dans la suite logique d'In Rainbows, les Anglais poussent encore plus loin leurs expérimentations mais livrent un album qui ne dégage pas autant d'émotions que leurs précédents opus. Ce n'est pas un mauvais album ; mais on est à des années-lumières du sommet atteint par OK Computer. De même, le nouveau projet de Liam Gallagher, Beady Eye, reste sympa, mais sans plus (en dehors d'une pochette très drôle) et l'enfant terrible du rock anglais n'arrive plus à nous concocter les titres fédérateurs qui avaient fait sa gloire pendant l'époque d'Oasis. Serait-ce dû à l'absence de son frère Noel, auteur lui aussi d'un album solo "sympa mais sans plus" ?
Ne jugeons pas trop vite 2011 et attardons nous sur les deux autres grands retours de l'année. Direction l'Amérique et plus précisément New York, pour juger du retour du groupe qui avait amorcé la vague rock du début des années 2000, j'ai nommé les Strokes. 10 ans après le mythique Is This It, il ne reste plus grand chose du talent des cinq rockeurs en Converse. Angles commençait plutôt bien avec le chirurgical Machu Picchu et leur convaincant single Undercover of Darkness ; la suite est malheureusement peu enthousiamante (Taken For A Fool et Gratisfaction mis à part), le groupe nageant entre un lyrisme forcé et du déjà-vu pioché tant dans leurs précédents albums que chez d'autres groupes : on sent la distance que Julian Casablancas a pris avec le groupe. 10 ans après leur premier album, les Strokes sont presque déjà démodés...Rejoignons alors Los Angeles, l'autre capitale du divertissement US pour retrouver la dernière production des Red Hot Chili Peppers, qui signe -malgré le talent certain de ses musiciens - un album sans style, à l'image de la moustache qui trône désormais sous le nez d'Anthony Kiedis. Des pistes correctes mais qui rentrent dans le rang des productions actuelles, ce qui me donne simplement envie de retourner piocher le Blood Sugar Sex Magik sorti 20 ans auparavant, à l'époque où les Red Hot étaient une marche au dessus des autres.
Il faut donc s'éloigner un peu - mais pas trop non plus- du mainstream pour retrouver mes coups de coeur de l'année : Anna Calvi le premier disque éponyme de la jeune Anglaise, The English Riviera de Metronomy et son électro/pop débarrassé de toute superficialité, Colour Of The Trap le premier album solo de l'ex-Last Shadow Puppets Miles Kane, le nerveux Let England Shake de PJ Harvey, le lumineux Skying de The Horrors et le mystérieux Go Tell Fire To The Mountain des nouveaux venus de Wu Lyf. Je reviendrais sur ces albums dans un futur article pour expliquer ce qui m'a poussé à choisir ces albums comme les meilleurs (ou les moins médiocres) de 2011.
Car il faut bien le dire, il y a bien peu de chances qu'un de ces albums (ou même une des chansons présentes sur ces disques) marque véritablement l'histoire, contrairement au L.A. Woman de 1971, du Sticky Fingers de 1981, du Nevermind de 1991 et du Is This It de 2001. Vous voyez où je veux en venir ? Et si 2011 était une année pour rien ? Certes, il y a bien tout une scène indie qui confirme tout le bien que l'on pense d'eux avec des seconds albums de qualité (je pense notamment à Fleet Foxes, Bon Iver mais j'en oublie beaucoup d'autres) mais qui manquentcruellement de personnalité, comme si tous ces artistes, aptes à digérer une incroyable culture musicale (grâce à Internet) dans leurs compositions étaient incapables de révéler une vraie personnalité, un fort caractère, alors que c'est bien cela qui transforme un très bon album en album mémorable.
Finalement le meilleur de 2011 n'arrive peut être que maintenant avec ces magnifiques rééditions/coffrets qui fleurissent en cette période de fêtes : que ce soit avec les Smile Sessions des Beach Boys ou avec les rééditions-anniversaires agrémentées de bonus de Nevermind ou de Achtung Baby (U2), il y a encore moyen de (se) faire plaisir sous le sapin. Et puis n'oublions pas que l'année n'est pas finie et qu'il y a toujours assez de temps pour être agréablement surpris. Et je pense notamment au nouveau The Black Keys, El Camino, qui sort ce mardi.
Lonely Boy, premier extrait dansant d'un album prometteur
2011 a donc été une année riche en nouveautés et en découvertes mais peu d'artistes ont réussi à s'élever au dessus de l'étiquette "prometteur". Le retour des grands du rock a surtout déçu, sans être catastrophique, noyé par une petite vingtaine de titres surdiffusés sur les ondes hertziennes car dans un secteur en pleine mutation, l'important est encore de faire vendre ; les accusées Lady Gaga, Rihanna, Fergie, Britney Spears, Katy Perry, Jessie J sont appelées à rejoindre M.Guetta à la barre. Et contrairement à ce que l'on peut entendre dans la presse musicale (Les Inrocks en tête), il n'y a pas un album "gigantesque" ou "transcendant" qui sort toutes les deux semaines. Soyons lucides : 2011 a été une année sympa, mais sans plus.
Il fait froid, il fait moche : c'est la période où nous attrapons tous, les un après les autres, virus et microbes en tous genres. Bref, comme le disent si bien les Beastie Boys, "It's Time To Get Ill" :
Plus sérieusement, la chanson n'a rien à voir avec le temps qu'il fait (ça se saurait si les rappeurs attendaient la fin du 20h pour mater la météo...) et si les membres du groupe s'échangent le micro c'est simplement pour s'auto-glorifier : "I'm the King Ad-Rock and I'm the king of all kings/I'm looking for a spot - things are gettin' hot"...
...C'est donc un morceau typique des Beastie Boys : de l'auto-dérision, l'utilisation de nombreux samples (Led Zeppelin, Kool and the Gang, AC/DC...) et surtout beaucoup d'énergie, grâce à l'alternance des voix - un brin criardes - des 3 garçons new-yorkais.
Dernière piste de leur premier album mythique, Licensed To Ill, ce titre bénéficie donc du travail du producteur Rick Rubin (qui a notamment produit Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chili Peppers), véritable magicien de la prise du son, qui donne à l'album cette qualité sonore exceptionnelle. So what's the time ? It's time to get ill...